Épuration de 1944 : 20 000 femmes accusées de collaboration avec les nazis tondues en place publique !

À la Libération, une épuration sauvage vise les français accusés de collaboration. Les femmes subissent un châtiment particulier : être rasées en place publique.

Elles sont au moins 20 000. 20 000 « filles de honte », comme on les appelle alors, tondues entre juin et décembre 1944 et à la fin de l’année 1945. Dans son livre La France virile (éd. Payot), Fabrice Virgili explique la nature de leur punition : « Leur engagement [avec l’occupant] est corporel, physique, amoureux, sexuel et c’est aux armes de la séduction qu’il faut s’en prendre, d’où la tonte. » Car dans l’opinion publique, elles ont pratiqué la « collaboration horizontale », c’est-à-dire « couché avec les Boches ». En réalité, d’après l’historien, seule la moitié de ces femmes, en moyenne âgées de 29 ans et le plus souvent célibataires, auraient entretenu des relations amoureuses avec des Allemands. Les autres sont accusées d’avoir pratiqué le marché noir, de délation, de travail volontaire pour l’occupant… En somme, les mêmes délits que les hommes collaborateurs, qui ne seront pas dépouillés de leur chevelure. Ce châtiment sexué aurait pour but de rétablir la virilité des hommes vaincus et le pouvoir masculin.

Femmes tondues à la Libération : une humiliation publique sans procès ni justice

Les « épurations » sauvages ont lieu dans toute la France, dans les grandes villes comme en zone rurale. La mise en scène, spectaculaire, est à chaque fois la même. Un comité vient chercher celle qui a été désignée comme coupable par le voisinage – sans aucune forme de jugement officiel. Dans une ambiance de fête populaire, elle est, seule ou avec d’autres accusées, exhibée dans un lieu central et symbolique, comme le perron de la mairie ou le monuments aux morts. Là, elle est tondue par un membre de la Résistance, un représentant des pouvoirs publics ou un coiffeur réquisitionné pour l’occasion. La supposée traîtresse à la patrie est ensuite promenée sous les quolibets de la foule.

Des femmes tondues marquées de croix gammées

En plus d’être rasées, ces femmes sont parfois violentées, déshabillées ou marquées de croix gammées. La résistante Mélinée Manouchian se souvient : « Près du métro Danube (19e arrondissement), une foule suivait une femme entièrement nue. Elle avait le crâne rasé et, sur ses seins, deux croix gammées tatouées à l’encre de Chine (…), écrit-elle dans ses mémoires. Sur le dos, elle avait, tatoué également,un portrait d’Hitler. La foule, déchaînée, lui jetait des pierres, la bousculait, l’insultait. »

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