En 2013, une historienne a révélé que les boys qui ont libéré la France en 1944 ont multiplié les agressions sexuelles. Washington aurait même utilisé la libido de ses troupes comme une arme de conquête.
Le Havre, été 1945. Le port normand est submergé par des milliers de GI en goguette qui attendent un bateau pour rentrer au pays. Un peu plus d’un an plus tôt, ils débarquaient sur les plages voisines pour libérer l’Europe du joug nazi. Mission accomplie, ils se croient tout permis. Après tout, la France n’est-elle pas le pays des « petites femmes faciles » ? C’est ce que leur ont raconté leurs pères qui ont combattu ici en 1917-1918, c’est ce que l’Armée leur a répété pendant les mois de la préparation au D-Day.
En décembre 1945, Joe Weston, un journaliste de Life, décrit la France comme « un terrible bordel habité par 40 millions de jouisseurs qui passent leur temps à manger, boire et baiser ». Ces jeunes soldats, pour la plupart des puritains mal dégrossis, prennent robes décolletées et petits bisous pour des invites au sexe. Au Havre, les GI forniquent partout, de jour comme de nuit, dans les bistrots, les cimetières, les parcs en ruine. Pierre Voisin, le maire de la ville, est ulcéré par ces « scènes contraires à la décence ». Il se plaint auprès du colonel Weed, le responsable régional des Civil Affairs (CA), le département de l’état-major américain qui remet en marche les infrastructures de base des territoires libérés. Voisin lui demande d’ouvrir une maison close en périphérie. Weed refuse tout net. Ça attirerait les reporters d’outre-Atlantique et casserait l’image de « sauveurs » des GI. En plus, le sexe, c’est une spécialité française : que monsieur le maire s’en occupe ! Pierre Aubéry, agent de liaison des Américains, décrit la colère sourde de la population civile, les dockers forcés d’assister aux beuveries des GI, noirs comme blancs, qui « prennent d’assaut nos restos et nos filles, qui, d’ailleurs, sont consentantes et ravies ».
Des débordements sexuels orchestrés par Washington
Le mâle français en prend un sacré coup. En 1940, les belles manières du légendaire French lover ont été balayées en quelques semaines par les panzers de la Wehrmacht. Il a été forcé d’aller trimer en Allemagne – plus de 600 000 Français ont été réquisitionnés au titre du Service du travail obligatoire. Et pendant ce temps-là , certaines de ses femmes couchaient avec l’occupant. Par-dessus le marché, pour s’en sortir, il a dû de nouveau faire appel aux boys. En 2013, l’Américaine Mary Louise Roberts, professeure d’histoire à l’université Wisconsin-Madison, casse définitivement l’image du GI aux dents blanches distribuant en souriant plaquettes de chocolat et paquets de cigarettes à des populations ébahies par tant de générosité. Pour écrire son essai traduit en français sous le titre Des GI et des femmes : Amours, viols et prostitution à la Libération, elle a eu accès à de très nombreuses archives prouvant que les débordements sexuels des forces américaines ont même été subtilement orchestrés par Washington. On embarque les femmes, on rabaisse leurs hommes, tous des « vaincus » : pour Mary Roberts, il s’agit là des prémices de la mise en place d’un nouvel ordre mondial.





