Un héritage familial, devenu Histoire nationale. Martine Veillet, journaliste, a consacré cinq années de sa vie à enquêter et à retranscrire la mémoire de son grand-père Louis Maufrais, médecin militaire sur le front durant la Première guerre mondiale, racontée dans un livre intitulé « J’étais médecin dans les tranchées ». À l’occasion du 11 novembre 2025, la petite-fille du poilu raconte les dessous de son chemin, pour faire vivre le devoir de mémoire.
En tant que petite-fille de poilu, le devoir de mémoire a-t-il toujours occupé une place importante dans votre parcours personnel ?
Martine Veillet : Mon grand-père, Louis Maufrais, a pensé à la Grande guerre toute son existence : c’est une période de sa vie qui l’a obsédé. Chacun de ses souvenirs a été consigné dans des carnets de Moleskine, qu’il avait toujours à portée de main. C’est aussi une période de sa vie dont il parlait et qu’il partageait ouvertement. Pendant longtemps, cependant, son récit ne m’évoquait rien. Il a fallu attendre 25 années après sa mort, pour que mon intérêt s’éveille…
Quel a été le moment déclencheur ?
Martine Veillet : Pour comprendre le processus, il faut faire un petit retour en arrière. À sa mort, en 1977, mon grand-père avait légué 16 cassettes de 90 minutes, à chacun de ses trois enfants. Le fruit d’un immense travail de mémoire. À la fin de sa vie, devenu aveugle, Louis Maufrais avait mis toute son énergie dans un projet tentaculaire. Ne pouvant plus écrire, il s’était auto-enregistré au magnétophone, afin de transmettre à ses descendants la réalité du carnage de la guerre de 14, dont il avait été le témoin privilégié dans les postes de secours, sur tous les fronts de la bataille. Louis Maufrais avait une mémoire colossale, et il a pu compter sur ma grand-mère pour lui relire ses carnets, et décrire les photos qu’il avait classées dans ses albums. C’est ainsi qu’il a pu reconstituer l’intégralité de ses souvenirs, et produire un témoignage inestimable.
Vingt-cinq ans plus tard, pendant des vacances, une jeune cousine m’a donné à lire quelques chapitres des cassettes qu’elle avait transcrits à la main. Après les avoir lus, j’ai pris soudainement conscience de l’immense intérêt que pouvaient représenter ces mémoires. Ma mère m’a alors remis son lot de cassettes rangé dans une boite à chaussures, et j’ai commencé à travailler. Je les ai écoutées, décryptées et comme une évidence : j’ai su qu’il fallait en faire un livre ! Ça a été le moment déclencheur de cinq années d’enquête au centre historique des archives au château de Vincennes et à la Bibliothèque de recherche de la BnF.





