Alexandrine Flottes. Une femme ordinaire ?

Alexandrine Flottes. De Marseille à Buenos Aires, parcours d’une migrante au XIXe siècle, Thibault Bechini, Toulouse, Anacharsis, 2025, 128 p., 16 â‚¬.

Tous les historiens ont croisé, dans les archives, des anonymes oubliés des grands récits, qui ont pourtant contribué à l’histoire collective de leur temps. Dans le cas des migrations, les trajectoires complexes de ces vies ordinaires, prises entre plusieurs continents, contraignent le chercheur à les suivre dans leurs ancrages successifs à l’échelle globale, s’il veut éclairer ce que fut leur place au sein du monde social. C’est la démarche empruntée par Thibault Bechini, parti sur les traces d’Alexandrine Flottes, née de père inconnu en 1827 à Marseille : son enquête le mène jusqu’à Buenos Aires, en passant par l’Alger colonial et le Tessin suisse. Une femme ordinaire ? Son parcours dit autre chose. Face à l’adversité, à chaque étape de sa vie, Alexandrine Flottes mobilise ses ressources financières, familiales et relationnelles pour repartir, en dépit des deuils, des revers de fortune et des incertitudes politiques.

Thibault Bechini ne se contente pas de suivre Alexandrine. Il remonte les fils généalogiques et dessine ses réseaux de sociabilité. Attentif aux lieux, il croque les immeubles qu’elle habite et les villes qu’elle choisit. A travers les métiers exercés par elle et ses proches, l’auteur esquisse une histoire sociale de ces espaces. Pour mener son enquête, il essore les archives, accumule les traces d’une existence vouée à l’oubli et réussit à leur donner sens. Alexandrine Flottes meurt à Buenos Aires, à une date inconnue : l’historien a fini par buter sur les silences de l’archive, mais parvient, au terme d’une impressionnante enquête, à lui restituer une biographie à part entière.

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