« On ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir

Le genre est une construction sociale. Thibaut de Saint Maurice revient sur la pensée de Simone de Beauvoir et l’impact de sa formule fondatrice.

C’est l’occasion pour moi d’insister sur le fait que depuis le début de ces chroniques sur les punchlines de la philo, c’est la première fois que j’en traite une dont l’auteur est une autrice, la philosophe Simone de Beauvoir. Alors c’est tout le problème de notre histoire de la philosophie classique qui fait la part belle aux hommes philosophes. Non pas qu’il n’y ait pas eu de femmes philosophes, mais il y en a eu moins dont les travaux sont passés à la postérité et donc logiquement cela donne moins de célèbres citations écrites par ces femmes philosophes. Alors si on ne peut pas refaire l’histoire, on peut tout de même la relire différemment et faire de ce déséquilibre de la postérité la meilleure des raisons pour prendre le temps donc de mieux lire aujourd’hui ces femmes qui ont pris part à notre histoire de la pensée.

Distinction fondamentale du biologique et du culturel

Alors revenons à Simone de Beauvoir et à cette formule si importante : « On ne naît pas femme, on le devient Â». On la trouve dans son livre intitulé Le deuxième sexe publié en 1949. Avec cette formule, Simone de Beauvoir pose une distinction fondamentale entre le biologique et le culturel, entre le sexe et le genre, entre la nature et la liberté. Tout son travail consiste à montrer qu’être femme n’est pas une donnée naturelle, mais que c’est le résultat d’une histoire, que c’est le résultat des constructions d’une époque, d’une société, d’une éducation. « Alors tiens-toi à droite, croise les jambes, ne grippe pas aux arbres, rattache tes cheveux, ne te mets pas en avant, occupe-toi de ton petit frère, aide ta mère Â», toutes ces injonctions fabriquent de la féminité chez les petites filles en fonction des normes d’une époque sans que rien de physiologique ou de psychologique ne le justifie. Cette phrase est donc tout autant une dénonciation qu’une libération. En présentant la féminité comme une construction, Simone de Beauvoir dénonce la manière dont le sexe devient le prétexte à une représentation inégale du genre. La féminité est construite comme une version inférieure de la masculinité, premier sexe par excellence, tandis que les femmes donc doivent se contenter de la seconde place.

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