Récit d’une journée à Auschwitz-Birkenau avec 180 femmes de confessions différentes

À chacune de ses interventions, Ginette Kolinka, survivante d’Auschwitz-Birkenau, a l’habitude de prévenir : il faut se méfier du printemps ici. Trop beau, selon elle, pour saisir l’horreur qui s’y est jouée. Ce 15 février, aucune illusion possible. Moins dix degrés, et cette neige épaisse qui recouvre les toits des baraquements, les rails et les vestiges des chambres à gaz de l’ ancien camp d’extermination nazi, devenu lieu de mémoire.

Le froid nous mord les joues en sortant de l’aéroport de Cracovie quelques heures plus tôt. Nous sommes parties à l’aube de Paris, avec 180 femmes aux parcours, aux croyances et aux histoires très différentes. Rassemblées par l’association Langage de femmes, qui lutte contre le racisme et l’antisémitisme, elles participent à un voyage de mémoire organisé chaque année depuis 2017, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah. Elles sont juives, musulmanes, catholiques ou agnostiques. Des retraitées, des étudiantes, des groupes d’amies, des femmes venues seules, des mères et leurs filles. Parmi elles également, une délégation de femmes de l’association Ibuka, engagée dans la mémoire du génocide des Tutsis au Rwanda.

Rym et Yasmine, elles, sont étudiantes en droit. Elles sont musulmanes et ont voulu faire le voyage ensemble. « Avec la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie en France, on se dit que le dialogue est essentiel, explique Rym. Dialoguer, comprendre l’autre, c’est essentiel. » Elles évoquent aussi la sororité qui se crée dans cette traversée collective face à la réalité de la Shoah, qui a mené à l’extermination de cinq à six millions de Juifs, et de centaines de milliers de Tsiganes, de personnes handicapées et d’homosexuels.

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