Femmes lobotomisées au XXe siècle : « C’est une violence physique et psychologique inouïe », commente Adèle Yon
La normalienne et chercheuse Adèle Yon a reçu le Prix Régine-Deforges du premier roman pour « Mon vrai nom est Élisabeth » (Éditions du Sous-sol). Entretien avec une autrice partie sur les traces de son arrière-grand-mère « Betsy » internée et lobotomisée.
La parution de votre livre a déclenché chez de nombreux lecteurs une quête. Avez-vous reçu beaucoup de courriers ? Est-ce quelque chose de satisfaisant pour vous ?
J’ai effectivement reçu pas mal de réactions de la part de lectrices, beaucoup de lecteurs aussi, par les réseaux, par courrier, lors des rencontres, des dédicaces… Je ne sais pas où je place ma satisfaction, mais en tout cas je trouve ça très beau cette manière dont la plupart des personnes me disent que cela leur apporte quelque chose, que ce soit quelque chose d’actif chez eux et pas juste une lecture qui les touche, mais une lecture qui les met en travail, parfois dans une enquête intime qui va remuer des souvenirs, créer du lien aussi entre les générations. Cela m’importe pas mal.
Est-ce que vous vous souvenez des premières fois où vous avez entendu parler de votre arrière-grand-mère? Et quelle image en aviez-vous? Quels étaient les mots qui étaient portés sur elle ?
Ce sont les mots dont je parle au début du livre, mais c’est très très flou. Je me souviens pas qu’on m’ait déjà dit « Betsy était schizophrène ». Je ne me souviens même pas en réalité qu’on m’ait dit le mot « Betsy ». C’est juste qu’au bout d’un moment, quand je commence à avoir peur pour ma propre santé mentale, je me rends compte qu’existe dans mon cerveau des mots comme « Betsy », « schizophrénie », « lobotomie », « tempérament fragile »… Mais ce sont des mots, des images qui sont imprimées en moi sans que je ne puisse dire exactement où est leur origine.





