À une époque où les porteurs sains n’avaient pas encore de place dans la pensée médicale, une cuisinière new-yorkaise a forcé les autorités sanitaires à revoir leurs certitudes. Son parcours a entraîné l’un des premiers débats publics sur les limites éthiques du confinement préventif et sur la manière de gérer les contagions silencieuses.
L’histoire de la médecine moderne s’est souvent écrite à partir de figures emblématiques,
de découvertes inattendues ou de tragédies silencieuses. Mais il arrive qu’un simple nom de femme cristallise à lui seul toutes ces dimensions. «Mary Typhoïde» n’avait ni laboratoire ni diplôme, pourtant sa trajectoire a forcé les autorités sanitaires à revoir leurs certitudes, révélant un pan invisible des épidémies que personne n’osait encore soupçonner.
Un été empoisonné sans coupable évident
En 1906, une riche famille new-yorkaise profite de l’été à Oyster Bay, sur la côte nord de Long Island. En l’espace de quelques jours, six personnes de la maisonnée tombent malades. Fièvre, maux de ventre, délire : les symptômes de la typhoïde sont formels, mais leur origine reste floue. L’eau potable, les fruits de mer, les égouts… tout est inspecté, sans résultat. Une inconnue persiste dans l’équation. La cuisinière, Mary Mallon, partie depuis peu.





