Prix Goncourt : « On redécouvre ces femmes alors qu’elles étaient effacées par tradition », décrit Muriel Beyer, fondatrice des Éditions de l’Observatoire

Muriel Beyer, éditrice et fondatrice des Éditions de l’Observatoire, était l’invitée du 11/13 mardi 4 novembre. Elle est venue réagir au prix Goncourt 2025, attribué dans la journée à Laurent Mauvignier pour « La Maison vide ».

Flore Maréchal : Vous venez d’entendre le 123e prix Goncourt être attribué à Laurent Mauvignier pour La Maison vide, au premier tour. C’est rare d’être nommé dès le premier tour du scrutin ?

Muriel Beyer : Oui, je crois que c’est assez rare, en fait. Là, il y a unanimité, je dois dire.

Six voix contre quatre, pour la deuxième, Caroline Lamarche. C’était attendu, vous ne semblez pas être surprise.

Je ne suis absolument pas étonnée. Pour pas mal de raisons. D’abord, une raison de lectrice, c’est que je dois dire que je suis très heureuse de pouvoir dire, là, que le livre de Laurent Mauvignier est un grand livre.

On va rappeler de quoi il parle. C’est une ample fresque familiale de 750 pages qui s’étend sur trois générations, donc depuis le début du XXe siècle.

Exactement. Avec effectivement une écriture très belle, mais aussi quelque chose qui touche tout le monde, c’est-à-dire qu’entre ces deux guerres, d’une guerre à l’autre, on reconnaît tous un peu son histoire familiale et c’est ça qui est formidable dans ce livre, c’est qu’on redécouvre beaucoup de choses sur ces femmes qui se sont retrouvées seules à diriger une maison alors qu’elles étaient effacées par tradition. Des sujets de société par cette histoire de famille, avec les secrets, avec la période très complexe de la Deuxième Guerre. C’est absolument un livre magnifique. Je dois dire que cette année, vraiment, on est sur le courant d’un grand livre.

Les quatre livres d’ailleurs qui étaient encore en lice, c’étaient tous plus ou moins des histoires familiales ?

Tous. Cette rentrée était très particulière, c’est qu’il y avait essentiellement des livres qui parlaient d’une histoire familiale. Je ne sais pas très bien ce que ça dit. Est-ce que c’est la peur de l’avenir ? Est-ce que c’est le repli sur soi ? Est-ce que c’est, je ne sais pas, les souvenirs, l’histoire, etc. On peut se poser la question parce qu’effectivement, toute cette rentrée, c’étaient des histoires familiales.

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