Sirimavo Bandaranaike, élue sri-lankaise, fut la première femme première ministre au monde, ouvrant la voie vers les plus hautes instances politiques à de nombreuses femmes. Elle gouverna pendant trois mandats.
« C’est d’abord son mari, Solomon West Ridgeway Dias Bandaranaike qui, le premier, accéda au pouvoir en 1956, lorsque le peuple commença à rejeter le vieux parti national uni, au pouvoir depuis l’indépendance en 1948 », raconte Nira Wickramasinghe, docteur en philosophie à l’université d’Oxford et maître de conférences au département d’histoire et de science politique de l’université de Colombo, au Sri Lanka.
Il était en effet le fondateur d’un nouveau parti, le Parti de la liberté du Sri Lanka (SLFP), fondé quelques années plus tôt, en 1951. Avec ce nouveau parti, il sut insuffler un vent socialiste progressiste dans le pays, offrant à son peuple une politique radicalement différente de celle du parti nationaliste, plus conservateur. Toutefois, son ère ne dura pas longtemps, puisqu’il fut assassiné seulement trois ans après le début de son mandat.
À sa mort, son épouse, qui avait été à ses côtés pendant sa campagne électorale et durant les différentes phases de sa vie politique, fut poussée sur le devant de la scène pour succéder à son défunt mari. « Elle représentait, aux yeux de tous, celle qui incarnait la continuité du projet de son mari pour les élections présidentielles de 1960 », souligne Nira Wickramasinghe.
Un premier mandat laborieux
En un sens, « il est surprenant qu’une femme ait été choisie pour représenter le parti à l’élection de 1960 », admet Nira Wickramasinghe. Mais la véritable raison derrière ce choix réside dans le fait que « son parti pensait certainement pouvoir la manipuler et qu’elle ne serait en réalité qu’une figure de proue pour le parti, sans véritable pouvoir […]. Cela s’est avéré tout à fait faux ».
Néanmoins, qu’une femme soit élue dans ce pays n’était pas aussi surprenant qu’on pourrait le croire. « Le Sri Lanka est le premier pays d’Asie du Sud à avoir voté le suffrage universel pour les hommes et les femmes en 1931. Les femmes pouvaient alors voter depuis déjà une trentaine d’années ; elles étaient considérées comme des citoyennes à part entière et, par conséquent, pouvaient être un choix rationnel pour diriger un parti », relève Nira Wickramasinghe.
Au début de sa carrière, Sirimavo Bandaranaike n’était pas perçue comme un puissant leader. Elle entama une nouvelle carrière tout en faisant le deuil de son mari, sous le regard scrutateur de tous. Ainsi exposée, elle devint la cible des partis d’opposition, qui se jettèrent sur l’occasion pour la surnommer « la veuve en pleurs », un surnom pernicieux censé véhiculer l’image d’une femme irrationnelle, dominée par ses émotions.





