Pendant des siècles, la peinture et la sculpture occidentales ont magnifié des scènes de rapts et de violences sexuelles en puisant dans les récits mythologiques ou bibliques. Disponible sur arte.tv jusqu’au 27 février, le documentaire « La violence érotisée dans l’art » examine cette dimension longtemps ignorée de l’histoire de l’art. À travers des créations de Titien, de Tintoret ou de Bernin, il propose une relecture critique, confrontant le spectateur contemporain à la brutalité dissimulée derrière la beauté des chefs-d’œuvre.
Suzanne, Lucrèce, Danaé, Proserpine : ces prénoms féminins sont indissociables de scènes de violences sexuelles figées dans l’imaginaire visuel occidental. Longtemps normalisées par le vernis du mythe antique ou de la Bible, ces représentations font depuis quelques années l’objet d’un réexamen critique, porté en grande partie par des femmes – historiennes, artistes, autrices – à l’image de Julie Beauzac, qui questionne ces héritages dans son podcast « Vénus s’épilait-elle la chatte ? ». C’est dans ce même esprit que s’inscrit le documentaire « La violence érotisée dans l’art. Proserpine et les autres », diffusé sur Arte et qui s’attaque à cet angle mort majeur de l’histoire de l’art occidental : la banalisation, voire la célébration, des violences sexuelles faites aux femmes.
Le fil narratif est porté par Proserpine, divinité mythologique enlevée et violée par Pluton pour devenir reine des Enfers. Dès l’ouverture du documentaire, elle s’anime et s’échappe d’une sculpture baroque exposée dans la galerie des Glaces du Palais royal de Gênes : L’Enlèvement de Proserpine (1705), de Francesco Maria Schiaffino. Ce surgissement donne le ton : et si les femmes représentées prenaient enfin la parole pour interroger le regard du spectateur ?






