A la fin du 17e siècle, le mariage se trouve au croisement des logiques économiques et des enjeux religieux. Il constitue, pour les hommes comme pour les femmes, une étape importante de leur vie. Mais pour les femmes, le mariage est aussi perçu comme une forme de deuil et le début de l’obligation de se soumettre à leur mari, souvent violents.
Cette vision du mariage peut être retrouvée dans les contes de fées de l’époque. Dans « Barbe Bleue », mais aussi dans les récits de Madame de Murat, Madame d’Aulnoy ou Mademoiselle de L’Héritier, l’époux monstrueux occupe une place centrale dans le récit, retranscrivant les peurs et les contraintes qui entourent le mariage sous l’Ancien Régime. Récit de Jennifer Tamas, agrégée de lettres modernes et autrice de « Barbe bleue, contre-enquête. Ce qui fait trembler les hommes » (éd. Seuil) dans Un jour dans l’Histoire sur RTBF La Première.
Alors que beaucoup de contes de fées finissent par le mariage, Barbe Bleue rompt avec la tradition pour faire commencer son histoire au début du mariage. Le conte de Charles Perrault peut être vu comme une plongée dans l’envers du mariage. Dans le récit, le personnage de Barbe Bleue semble être un bon parti. Pourtant, sa barbe fait peur et repousse les femmes. L’héroïne le trouve notamment repoussant mais elle finit par accepter de l’épouser.
Pour Jennifer Tamas, ce basculement traduit une contradiction profonde dans les relations hommes-femmes de l’époque : les femmes sont éduquées dans la méfiance des hommes et à les voir comme dangereux avant d’être invitées à les choisir comme époux : « Ce qui me semblait flagrant, c’est que […] dans les romans, dans les contes de fées, il y a toujours cette défiance des femmes vis-à-vis des hommes qui est construite […]. On enseigne aux femmes à redouter les hommes, à leur dire de se méfier d’eux. Et puis, tout à coup, on les sort de la maison ou du couvent pour leur dire que cet objet de défiance doit devenir un objet de désir« .
La contradiction est également sexuelle. La virginité des femmes est centrale à leur valeur. Pour les femmes, le mariage leur fait perdre ce statut. Les hommes, quant à eux ont comme devoir d’enlever cette virginité désirée à leur épouse, de garantir la consommation du mariage et assurer la descendance de leur lignée.
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