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C’est un musée pas comme les autres. Pour y entrer, il faut s’engager sur la belle avenue piétonnière qui traverse l’hôpital, comme le font chaque jour de nombreux riverains. Dans un entresol, deux salles accueillent des expositions temporaires, où se dévoilent quelques-uns des trésors accumulés sur près de deux siècles. Pour qui ne connaît pas les lieux, l’exposition en cours sur les chefs-d’œuvre de la collection, est une introduction rêvée aux rapports subtils qui relient art et psychiatrie.

En 1900, au Bethlem Royal Hospital de Londres, se tient la première exposition mondiale d’envergure rassemblant les œuvres de malades mentaux. Les 600 pièces qui y sont présentées ont, dans l’esprit des organisateurs, valeur de documents médicaux. Leurs qualités artistiques ne sont pas au centre des préoccupations. Quand elles commenceront à intriguer, ce sera pour souligner une supposée absence d’inhibition des patients, alors même que les souffrances psychiques s’accompagnent précisément d’inhibitions majeures. « Peut-être pourrait-on plutôt dire, corrige Anne-Marie Dubois, psychiatre et responsable scientifique du MAHHSA, que ce qui est déterminant dans certains cas, c’est plutôt un rapport particulier à la réalité. »

« La croyance dans l’existence de liens entre créativité et troubles psychiques dépasse l’évidence scientifique et persiste en dépit de démonstrations contraires » prévient-elle. Les rapports entre art et psychiatrie sont qui plus est brouillés par les confusions entretenues avec l’art brut promu par Jean Dubuffet, qui entendait par là une création spontanée, échappant aux canons de l’histoire de l’art et aux tendances artistiques de l’époque. Or, les œuvres produites par les patients sont loin de toutes appartenir à cette catégorie. Une artiste comme Unica Zürn, qui produisit des œuvres lors de son séjour à Sainte-Anne, était et restera une artiste avant et après cette période de sa vie, très ancrée dans la création de son temps. Pour finir, souligne Anne-Marie Dubois, « un malade ne se résume pas à sa maladie ».

Une longue tradition d’« asile et de refuge »

L’enjeu des 2 000 œuvres spontanées conservées dans les collections du musée, dont certaines sont produites par des médecins ou proviennent de dons d’artistes qui ont pris part ces dernières années aux expositions du lieu, est en effet tout autre. « Cette démarche, est-il expliqué en présentation de l’exposition anthologique actuelle, s’inscrit dans une volonté constante de destigmatisation, affirmant que (…) chaque création relève avant tout d’une expérience humaine partagée. » À cette part émergée, en dialogue constant avec le public, s’ajoutent près de 50 000 œuvres issues des ateliers donnés dans l’hôpital depuis l’après-guerre, un fonds réservé aux chercheurs.

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