Il est rare qu’un livre change complètement la face des choses. C’est ce qu’a fait Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir en 1949, et son ferment continue d’agir. On ne peut créer un tel bouleversement sans susciter le scandale.
Qu’ils soient de droite ou de gauche, libéraux progressistes ou communistes orthodoxes, athées ou religieux, qu’ils s’appellent Camus, Mauriac ou Nimier, les adversaires du Deuxième Sexe réagirent d’une seule voix au moment de sa publication. La condamnation fut confirmée par le Vatican, qui mit sans surprise le livre à l’Index. Quel était donc le véritable objet du scandale ? Beauvoir sape les fondements d’un ordre ancestral, en contestant la domination dans laquelle les femmes sont maintenues par les hommes, que ce soit par le mariage ou par la maternité. Elle bat en brèche l’existence d’un instinct maternel, de même qu’elle aborde frontalement des thèmes alors tabous, comme la sexualité féminine. Elle anéantit en outre l’idée d’un Éternel féminin, qui servit, au cours des siècles, à figer les femmes dans un mythe ennemi de leur liberté. Esther Demoulin donne dans la « Bibliothèque de la Pléiade » une nouvelle édition du Deuxième Sexe.
Elle fait paraître dans le même temps avec Sylvie Le Bon de Beauvoir un recueil des Écrits et paroles féministes (1947-1985), sous le titre Une fois que les femmes ont ouvert les yeux. Façon de rappeler que Le Deuxième Sexe n’a été qu’un commencement. Pendant près de quarante ans, Simone de Beauvoir n’a cessé de penser, d’écrire, de parler et d’agir pour l’émancipation des femmes, au rythme des luttes françaises et internationales. Fabula vous invite à en lire un extrait…






