Une bande dessinée pour donner un visage au racisme vécu par les femmes asiatiques

En faisant parler Mai, une Québécoise de descendance vietnamienne, des chercheuses de l’UdeM signent une bande dessinée qui donne un visage au racisme que vivent les femmes asiatiques ici et ailleurs.

Le racisme que vivent les femmes asiatiques ne date pas d’hier. Pour les femmes d’origine ou de descendance vietnamienne, il puise ses racines dans la colonisation française, puis dans la présence militaire américaine et s’est transmis jusque dans les représentations contemporaines de la femme asiatique.  

«Il y a ce fantasme autour de la femme asiatique tant ici, au Québec, qu’en France et dans les pays occidentaux», indique d’entrée de jeu Sophie Hamisultane. 

De fait, dans les textes coloniaux français, la femme asiatique est dépeinte comme «ingénue, enfantine et soumise», une image qui a nourri des décennies d’objectification.  

Le terme vietnamien con gái, qui signifie «petite fille», illustre à lui seul le poids de cet héritage. «Ce terme porte une grande charge coloniale, précise Julie Quynh Nhi Tran. Les femmes ont été vues par les colons français, puis par les soldats américains, comme ayant des corps de petites Asiatiques.»  

Sophie Hamisultane ajoute que le mot est devenu, dans les terminologies française et américaine, une expression associée à la prostitution – une étiquette que des femmes continuent de porter sans l’avoir sollicitée. 

Ce stigmate ne relève pas du passé. Des femmes asiatiques rapportent encore aujourd’hui se faire toucher sans consentement dans la rue ou dans les transports en commun – et une jeune femme marchant avec son père adoptif peut être perçue comme une travailleuse du sexe et son père comme un client.  

La pandémie de COVID-19 a, par ailleurs, amplifié un phénomène déjà bien attesté: depuis 2020, Statistique Canada a enregistré une hausse marquée des crimes haineux antiasiatiques au Canada, les femmes étant particulièrement vulnérables à ces violences. Aux États-Unis, la tuerie d’Atlanta, en 2021, où six femmes asiatiques ont été assassinées, a de façon brutale mis en lumière cette réalité.

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