Qui était Jean-Pierre Morat, docteur lyonnais oublié

Il a contribué à révolutionner la compréhension du système nerveux, formé une génération de médecins et laissé son nom à une loi fondamentale de la physiologie. Pourtant, aujourd’hui, à Lyon, seule une rue du 8ᵉ arrondissement porte son nom. Portrait de Jean-Pierre Morat, scientifique discret mais essentiel à l’évolution de la médecine.

LLes paroles du professeur déferlent sur les étudiants de la faculté de médecine de Lyon. Pourtant, elles peinent à convaincre : mal articulées, relativement complexes, elles égarent plus qu’elles n’éclairent. D’un côté, un esprit brillant. De l’autre, un talent oratoire quasi-inexistant. Cet homme aux amphithéâtres désertés s’appelle Jean-Pierre Morat. Pourtant la science doit énormément à ce professeur de physiologie qui a exercé à Lyon de 1882 à 1916.

Né le 18 avril 1846 dans une famille de vigneron, rien ne semblait destiner Jean-Pierre Morat à une carrière médicale. Issu d’un milieu modeste, le jeune Jean-Pierre est curieux et studieux. Il passe son enfance à se questionner avec une soif insatiable de comprendre le monde.

Etudiant au séminaire d’Autun, il s’intéresse d’abord à la littérature. Puis, son cursus scolaire prend un tout autre tournant lorsqu’il s’inscrit à l’École de médecine de Lyon. Les lettres deviennent très rapidement de l’histoire ancienne pour le jeune étudiant.

Dans l’ombre de Claude Bernard

Paris s’impose comme une  révélation pour Jean-Pierre Morat. Si la beauté de la capitale et sa concentration  d’intellectuels y contribuent, c’est avant tout une rencontre humaine qui marque ce tournant : celle de Claude Bernard, physiologiste français de renom du XIXᵉ siècle et père fondateur de la médecine expérimentale moderne.

Morat devient son élève en tant qu’interne des hôpitaux. Après le soutien de sa thèse sur la moelle osseuse en 1873, il intègre le laboratoire de Bernard pour trois années. Les deux hommes se lient rapidement d’amitié du fait de leur origine bourguignonne commune et d’un partage d’opinion similaire. Tous deux sont convaincus que passer son temps dans des bibliothèques ne suffit pas à comprendre la biologie, mais qu’il est surtout nécessaire d’ expérimenter sans cesse.

// En savoir plus