“La Braise en héritage” : une belle histoire de transmission entre femmes

Claire Vergier conte les aventures d’une lignée de femmes aux caractères bien trempés et dotées par la nature de talents de “guérisseuses”. 

“La Braise en héritage” est un premier roman très réussi que Claire Vergier a dédié : « A ma mère, à mes grands-mères et à toutes les autres avant elles ».

Nous plongeons d’emblée au XVIIe siècle dans le duché de Savoie, province d’Italie. Dans un village, les habitants confient volontiers leur santé aux soins efficaces d’une guérisseuse, Catherine. Elle parcourt la campagne avec ses onguents ses pommades, ses plantes, son expérience des accouchements difficiles. Ce savoir, elle s’efforce de le partager avec sa petite-fille Jeanne, alors âgée de 7 ans. Elle l’élève depuis la mort de ses parents victimes d’une de ces épidémies meurtrières qui se succèdent dans ces temps incertains. 

Quand le village est frappé à son tour, toute la science de Catherine ne suffit pas. Elle est bientôt soupçonnée puis accusée d’être une sorcière, responsable de ce malheur. Elle est arrêtée, jugée puis brûlée en place publique. C’est le mal initial qui va marquer ses descendantes dix générations pénétrées par « cette braise » et prises dans les convulsions de l’histoire.

“La Braise en héritage”

On retrouve Jeanne quelques années plus tard à Nice dans un foyer pour orphelines, une prison dont elle va s’évader avec l’aide d’un jeune marin. Ses pérégrinations la conduisent à Paris où elle est accueillie chez les Filles de la Charité. Profondément traumatisée par son passé, elle retrouve un équilibre « en soignant les femmes et les hommes dont la vie paraissait s’acharner à leur faire croire qu’elle n’avait pas besoin d’eux ». 

Elle pioche dans sa mémoire les gestes et les savoirs transmis par son l’aïeule et s’investit totalement dans cette passion pour soigner les autres qu’elle lui a transmise ; mais elle n’est pas au bout de ses peines.

Les femmes s’emparent du bistouri

Lui succèderont Suzanne, Margot, Madeleine, chacune se battant pour faire reconnaître les compétences dont elles ont hérité et pour se libérer de l’emprise des hommes : Suzanne de son mari alcoolique, Margot de son mari médecin qui exploite ses talents.

Madeleine enfin, prise dans la tourmente de la guerre de 1870 contre les Prussiens qui va perturber les études de médecine. Elle avait pourtant réussi à se faire inscrire avec trois autres femmes et déclenché ainsi une campagne d’indignations dans le milieu médical, exclusivement masculin à l’époque : « révolution dans la faculté de médecine, les femmes s’emparent des bistouris ! » L’autrice s’est inspirée pour ce personnage de la vie de Madeleine Brès, la première femme française à avoir accédé à des études de médecine.

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