23 avril 2024
culture276, culture 276, histoire medecine, sante, pharmacie

Charles Nicolle [1866-1936]

L’inventeur ne connaît pas la prudence ni sa soeur cadette, la lenteur. Il bondit, il va d’un saut sur le domaine vierge et, de ce seul fait, il le conquiert.

Charles Nicolle, naît à Rouen le 21 septembre 1866. Comme la plupart des enfants issus des classes aisées, il fréquente le lycée Corneille où son père et ses frères s’étaient déjà illustrés. Très instruit, principalement dans les matières littéraires, il suit pourtant la voie tracée par son père, Eugène Nicolle (1832-1884), médecin chef des Hôpitaux de Rouen, et son frère aîné, Maurice (1862-1932), microbiologiste, professeur à l’Institut Pasteur de Paris puis Directeur de celui de Constantinople. Le second frère, Marcel (1871-1934), artiste peintre, conservateur du Musée de Lille et attaché auprès du Louvre, sera reconnu comme critique d’art. Cependant, pour avoir épousé une carrière artistique et non médicale, il sera toujours plus ou moins désavoué par Charles.

Elève à l’Ecole de médecine de Rouen en 1884, Charles part ensuite rejoindre son frère à Paris afin de poursuivre ses études. Il s’y perfectionnera aux travaux de laboratoire. Entré à l’Institut Pasteur où son frère aîné l’a précédé, élève de Metchnikoff et Roux, il prépare consciencieusement sa thèse sur le chancre mou qu’il soutiendra en 1893. Docteur en médecine, il s’installe à Rouen place de la Rougemare. Professeur puis médecin des Hôpitaux (1894), il subit très tôt une surdité handicapante qui le fera s’orienter tout naturellement vers la recherche en laboratoire et plus précisément en microbiologie. Rapidement, il est intégré au laboratoire de bactériologie.

L’étape décisive de sa carrière intervient en septembre 1894. Lorsque Roux annonce sa découverte d’un sérum antidiphtérique prometteur par ses résultats, Nicolle se lance alors dans la préparation de ce sérum : une centaine de vies sera sauvée. L’année suivante un service de sérologie est créé et il en devient le chef de laboratoire. Nicolle travaille alors comme un forcené sur cette nouvelle science qu’est la microbiologie. Parallèlement, il mène une lutte sans merci contre l’alcoolisme et la tuberculose. Dès 1899, il milite avec les docteurs Halipré et Cotoni pour la création d’un sanatorium dans la forêt du Rouvray près de Rouen. L’année suivante, il est nommé médecin-chef de l’Hospice Général. Le sanatorium, inauguré en 1905, devenu établissement départemental à partir de 1946, sera rattaché par convention au C.H.U. de Rouen en tant qu’hôpital de long séjour en 1968.

Toutefois, malgré l’immense succès de ses actions et de son cours de microbiologie, sa situation matérielle se détériore. Il ne peut obtenir un autre statut que professeur-suppléant, sa clientèle privée s’est vue diminuée par son acharnement à ses recherches et le laboratoire de bactériologie souffre de la mauvaise volonté du docteur Brunon, son rival professionnel. Affecté par ces luttes continuelles, Nicolle préfère abandonner sa vie rouennaise. En 1901, on lui propose la direction de l’Institut Pasteur de Tunis. Après maintes réflexions, il donne sa démission et débarque à Tunis le 23 décembre 1902. Explorateur infatigable et assoiffé de connaissances, il voyage et parcourt tant qu’il peut la Tunisie. Ses recherchent l’orientent dès 1903 à lutter contre un grand nombre de maladies dont le typhus exanthématique.

C’est dans le cadre de ce travail qu’il découvre en 1909 la transmission de ce fléau par le pou. Cette découverte épargnera de nombreuses vies surtout durant la Première Guerre Mondiale et lui vaudra le Prix Nobel de Médecine en 1928. Auteur de la notion de « maladies inapparentes », il tentera de faire admettre qu’un porteur sain puisse être à l’origine d’une épidémie. Il est rapidement reconnu comme un grand chercheur et entame alors une brillante carrière. Chercheur intransigeant et rigoureux, érudit et écrivain, il restera très attaché à sa ville natale et à ses amis restés en France. Il demeure membre correspondant de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen de 1920 à sa mort et publiera dans le Journal de Rouen des contes et nouvelles. Un buste à son effigie sera inauguré le 6 décembre 1930 dans les locaux de l’Ecole de Médecine.

Il décède à Tunis, ville et pays qui l’avaient adopté et accueilli comme l’un des siens, le 28 février 1936. En reconnaissance pour ses travaux, le Conseil d’administration de l’Hôpital Général de Rouen décide, en 1953, de nommer l’établissement Hôpital Charles Nicolle. Une cérémonie officielle entérinera cette décision le 15 février 1964.