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Depuis des siècles, l’enfermement s’est pensé et organisé au masculin, reléguant les femmes dans l’angle mort des politiques pénales comme des archives historiques. Pourtant, leur histoire existe. Enfermer une femme ne signifiait pas seulement la punir : il s’agissait aussi de la surveiller, de la corriger et parfois de la « rééduquer ».

Retracer ce parcours, de l’Ancien Régime à aujourd’hui, permet de comprendre une réalité qui perdure : les femmes ne représentent aujourd’hui que 3,5% (1) des personnes détenues en France, alors qu’elles pèsent bien davantage dans la population générale comme dans les statistiques pénales. Cette sous-représentation n’a rien d’un hasard démographique ; elle est le produit d’une histoire longue, faite de circuits d’enfermement différenciés selon le sexe. Avant la prison moderne : l’enfermement comme punition morale.

Sous l’Ancien Régime, l’enfermement ne relève pas uniquement de la justice pénale. Les femmes peuvent être détenues dans des hôpitaux généraux, des maisons de force ou des institutions de correction, parfois sans avoir été condamnées par un tribunal. À Paris, l’édit de 1656  permet notamment l’enfermement de femmes considérées comme déviantes (prostituées, « femmes de mauvaise vie », mendiantes)… Elles ne sont pas d’abord vues comme des criminelles à punir mais comme des âmes à redresser. Les pères ou les maris peuvent également demander l’enfermement d’une femme jugée « indisciplinée » ou dont le comportement est considéré comme contraire aux normes sociales.

Des institutions comme la Salpêtrière à Paris (2) mêlent déjà enfermement et discipline morale. La frontière entre punition, contrôle social et correction familiale est alors particulièrement floue.

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