Moyen Age : les femmes avaient bien plus de droits qu’on ne le croit !

Rencontre avec Lorris Chevalier, historien médiéviste, spécialiste de la chevalerie et des représentations des femmes dans l’Occident chrétien.

Ça m’intéresse Histoire : On présente souvent le Moyen Âge comme une société profondément misogyne. Vous contestez cette idée. Pourquoi ?

Lorris Chevalier : Existe-t-il, à cette époque, un système global, juridique et social, organisé pour opprimer les femmes ? Les sources ne permettent pas de l’affirmer. Bien au contraire : en m’intéressant aux petits gens, j’ai constaté que, souvent, les femmes sont privilégiées par rapport aux hommes en matière pénale ou successorale.

Pourquoi cette vision très masculine du Moyen Âge s’est-elle imposée chez les historiens du XXᵉ siècle ?

Je ne suis pas en croisade contre eux : il ne s’agit pas d’une erreur volontaire. Ils disposaient de peu de sources, car les études sur les femmes sont relativement récentes. Des figures comme Georges Duby ou Régine Pernoud appelaient eux-mêmes à davantage de recherches. Leurs travaux ont été complétés voire corrigés par les études anglo-saxonnes et allemandes menées à partir des années 1970-1980.

Les femmes du Moyen Âge bénéficient-elles d’une éducation intellectuelle ?

L’accès au savoir est limité pour tous, hommes comme femmes. Mais il n’existe pas d’interdiction de principe visant les filles. Les écoles rattachées aux monastères ou aux églises en accueillent, y compris dans des institutions prestigieuses. Le cas d’Héloïse, élève d’Abélard au XIIe siècle, montre qu’une femme peut atteindre un niveau intellectuel exceptionnel.

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