13 juin 2024
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Sartre féministe grâce à Simone de Beauvoir

Le rapport de Sartre à l’oppression féminine peut être analysé en observant le moyen par lequel, dans ses œuvres littéraires, le philosophe reproduit des stéréo-types misogynes ou, comme le dit Simone de Beauvoir, sédimente des traces de phallocratie.

Dans ce sens, on peut dire qu’il y a une nette dissymétrie entre personnages masculins et personnages féminins dans la fiction et le théâtre de Sartre. Tandis que les premiers sont principalement définis par leur action et les choix que ces actions expriment, au contraire les seconds ont une marge de manœuvre fort limi-tée. L’œuvre littéraire sartrienne manque complètement d’héroïnes et, même si Sartre a toujours refusé toutes formes d’essentialisme, les femmes finissent cons-tamment par se conformer à des stéréotypes essentialistes. A la différence des personnages masculins, qui sont tenacement projetés vers la transcendance, elles sont toujours représentées comme des êtres sans action, éthérées, presque sans corps, comme la jeune poitrinaire rencontrée par le professeur Gaillard dans L’ange du morbide.

Si le réel est le lieu de l’action morale, de l’engagement, les femmes, au contraire, finissent par représenter la tentation de l’imaginaire, de l’intériorité, de la passivité. Privées de chaque attitude à la transcendance, elles sont perçues comme des obstacles à l’action ou comme des instruments utiles au dynamisme masculin. La défense du philosophe, selon laquelle le romancier n’a pas de responsabilités pour les tòpoi contenues dans ses œuvres, car il a simple-ment représenté la femme sociale telle qu’elle est dans la société, n’est que par-tiellement convaincante. De fait, la représentation des femmes est gouvernée par un seul schéma essentialiste, celui de l’opposition entre physis
et antiphysis.

La réalité qui veut que leurs corps soient annexés, par essence, à la nature, à travers la mise en évidence des aspects les plus triviaux de leur matérialité, comme les fesses adipeuses et tombantes et la chaire molle est, dans ce sens-là, une autre caractéristique de l’œuvre sartrienne.

Il semble donc être valable pour Sartre ce qu’il reprochait à l’esthétique du Tintoretto: la réduction de la femme à de pures oripeaux de l’œuvre d’art, à un prétexte pour la narration, à un objet de l’histoire, où la belle devient instrument pour la sanctification de l’acte masculin, comme dans le San Giorgio uccide il drago ou la Strage degli innocenti.

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