Dans une vitrine de Harvard repose depuis plus d’un siècle une barre de fer de 109 cm qui a traversé un crâne sans tuer son propriétaire.
On imagine souvent qu’une lésion sévère au cerveau condamne à la mort immédiate, ou du moins à un état végétatif. Pourtant, l’histoire d’un homme du XIXe siècle vient bousculer cette certitude de la manière la plus spectaculaire qui soit. Dans une vitrine feutrée d’une université prestigieuse, aux États-Unis, repose depuis plus d’un siècle une barre de fer d’un peu plus d’un mètre. Ce n’est pas un simple outil de chantier : c’est l’objet qui a traversé un crâne humain de part en part, sans tuer son propriétaire. L’homme en question s’appelait Phineas Gage, et son destin hors du commun a posé les fondations de la neurologie moderne. Voici pourquoi son histoire fascine encore les scientifiques aujourd’hui.
Un accident de chantier qui écrit la neuroscience moderne
Nous sommes au milieu du XIXe siècle, sur un chantier ferroviaire situé près de Cavendish, dans le Vermont. Phineas Gage, contremaître de 25 ans, dirige une équipe chargée de faire sauter la roche pour ouvrir la voie aux rails. Sa tâche du moment consiste à tasser de la poudre explosive dans un trou creusé dans la pierre, à l’aide d’une longue barre de fer d’environ six kilos.
Une étincelle, un instant d’inattention, et la charge s’enflamme prématurément. La barre est propulsée telle un projectile. Elle pénètre sous la pommette gauche, transperce le lobe frontal et ressort par le sommet du crâne, avant de retomber à plusieurs dizaines de mètres derrière lui, maculée de matière cérébrale. Ce qui aurait dû être une mort instantanée devient, contre toute attente, le début d’un chapitre inédit de la médecine.
Comment parler quelques minutes après avoir perdu un morceau de cerveau
Le détail le plus stupéfiant de cette histoire n’est pas la trajectoire de la barre, mais ce qui suit immédiatement. Phineas Gage ne perd pas connaissance. Quelques minutes après le drame, il est capable de parler, de s’asseoir, et même de raconter aux médecins ce qui vient de lui arriver. On raconte qu’il aurait tenu un discours d’une lucidité déconcertante, alors qu’un trou béant traversait son crâne.
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