Femmes apôtres, les grandes oubliées de l’Histoire

On sait que des femmes ont joué un rôle important dans les premiers temps du christianisme. «Il est probable que certaines aient été des femmes aisées et que des communautés se réunissaient chez elles», explique Pierre Gisel, professeur honoraire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne.

Mais peut-on les qualifier d’apôtres? «Cela dépend de ce qu’on met dans ce mot, poursuit Pierre Gisel. Du point de vue de l’exégèse pure, elles ne sont pas citées dans la liste des douze apôtres. Cela dit, cette liste a été arrêtée à douze pour faire correspondre leur nombre à celui des tribus d’Israël. Elle est donc un peu artificielle, c’est-à-dire qu’elle a été reconstruite pour des raisons théologiques. Paul, qui est à coup sûr un apôtre, n’y figure pas, tandis que Judas, qui n’est pas franchement un apôtre, en fait partie. Et puis il y a aussi des illustres inconnus dans cette liste.»

Apôtre quand-même

«Si aucune femme ne figure dans la liste des apôtres, Junia, ou Junie, est saluée par Paul dans l’Épître aux Romains comme ‘remarquable parmi les apôtres’», affirme la théologienne Valérie Duval-Poujol, docteure en histoire des religions à la Sorbonne et vice-présidente de la Fédération protestante de France. À partir du même texte grec, plusieurs traductions de la Bible identifient Junia comme apôtre: «apôtre remarquable» dans la Nouvelle Bible en français courant et Le Semeur, «apôtre éminente» dans la TOB et «apôtre marquante» dans la Bible de Jérusalem. Par ailleurs, l’un des Pères de l’Église les plus célèbres, Chrysostome, évêque de Constantinople, écrit à propos de Junia en l’an 407 après Jésus-Christ: «Être un apôtre est une grande chose. Être remarquable parmi les apôtres, imaginez donc quel merveilleux éloge! De fait, quelle ne devait pas être la sagesse de cette femme.»

Quant à Phoebé, Paul la qualifie dans les Actes des Apôtres de diakonos, mot grec traduit dans les Bibles modernes par «servante», «diaconesse», «au service de l’Église», «qui exerce son ministère» ou «ministre». Diakonos se réfère le plus souvent à un ministre de la parole, quelqu’un qui prêche l’Évangile et sert ainsi de porte-parole de Dieu. C’est un intermédiaire, un agent, un émissaire. «Certains spécialistes du Nouveau Testament pensent que Phoebé a été porteuse de l’épître aux Romains, souligne Valérie Duval-Poujol. En tout cas, elle est la seule personne recommandée pour une telle mission dans tout le Nouveau Testament. Paul lui fait suffisamment confiance sur le plan théologique pour la recommander à ses futurs auditeurs afin qu’elle les aide à en comprendre le contenu.»

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