Les tatouages du XIXe siècle d’Alexandre Lacassagne restaurés à Lyon

Sept carnets exceptionnels recensant plus de 800 tatouages relevés sur des prisonniers, des soldats disciplinaires et quelques prostituées au XIXe siècle viennent d’être restaurés et numérisés. Conservés à l’Université Claude Bernard Lyon 1, ils offrent un regard unique sur l’histoire de la médecine légale, mais aussi sur les populations marginalisées de l’époque.

Des ancres, des étoiles, des figures religieuses ou patriotiques. Sur les pages jaunies de ces carnets, les tatouages de 378 bagnards et quelques prostituées soigneusement décalqués à l’aquarelle racontent des destins oubliés. Patiemment collectés, ils appartenaient au lyonnais Alexandre Lacassagne, pionnier de la médecine légale et constituent aujourd’hui un trésor patrimonial unique. Après plusieurs mois de restauration à la Bibliothèque nationale de France, les sept carnets sont de retour à Lyon.

Une plongée dans les marges de la société du XIXe siècle

Pour Muriel Salle, historienne spécialiste de ces archives, leur restauration dépasse largement la simple sauvegarde d’ouvrages anciens. « C’est une belle pièce du patrimoine lyonnais et du patrimoine scientifique. Ces carnets documentent tout un pan de l’histoire de la science du crime, qui est spécifiquement lyonnaise », explique-t-elle.

À la fin du XIXe siècle, Alexandre Lacassagne est convaincu que les tatouages peuvent révéler la personnalité et même la dangerosité d’un individu. Il va alors constituer une impressionnante collection en observant des détenus, des soldats des bataillons disciplinaires d’Afrique et quelques prostituées.

À l’époque, le tatouage n’a rien de banal. « Être tatoué, c’est un stigmate. C’est le signe qu’on appartient aux marges sociales », rappelle Muriel Salle. Les hommes étudiés par Lacassagne sont souvent des soldats condamnés pour différents délits et envoyés dans les bataillons disciplinaires de l’armée française.

Chaque dessin est accompagné d’informations précieuses : identité de la personne, origine sociale, circonstances du tatouage ou encore emplacement sur le corps. Pour l’historienne, ces documents permettent aujourd’hui de mieux comprendre les populations marginalisées de l’époque. « Ces tatouages sont la langue d’un groupe social, celui des marginaux. Ils permettent de faire la sociologie des marges ».

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