« Et c’est ma mère ou la vôtre / Une sorcière comme les autres », chantait Anne Sylvestre en 1975. Si ce thème revient beaucoup dans le discours féministe du dernier demi-siècle, ce n’est en rien un hasard. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, quelque 40 000 femmes ont été exécutées pour sorcellerie. À la suite du livre que leur a consacré Mona Chollet, plusieurs expositions reviennent sur cette page sombre, dont celle présentée au château de Nantes jusqu’au 28 juin 2026.
Pour comprendre cette histoire, il faut remonter à l’héritage gréco-romain très présent dans l’univers intellectuel et artistique européen. Les femmes y apparaissent comme des hommes incomplets et la théorie des humeurs, héritée d’Hippocrate, associe leur corps à l’humidité et à la froideur, donc à la passivité. La civilisation chrétienne, qui reprend à son compte cette vision dépréciatrice, y ajoute une véritable défiance pour la magie, qu’elle associe au paganisme.
Au XIIe siècle, tous ceux qui échappent au pouvoir de la papauté sont pris pour cible, les musulmans bien sûr, par le biais des croisades, mais aussi, en Europe, les juifs et les vaudois, des chrétiens évangéliques qui rejoindront trois siècles plus tard la Réforme protestante. C’est dans ce cadre qu’au début du XIIIe apparaît l’Inquisition, laquelle a pour mission de poursuivre les hérétiques. Parmi eux, sorcières et sorciers sont accusés de pactiser avec le diable.
Peintres, graveurs et intellectuels répandent la figure d’une sorcière maléfique
Au tournant des XIVe et XVe siècles, sorcières et sabbats, ces cérémonies sataniques dénoncées par les savants dès les années 1430, obsèdent peintres et graveurs. Albrecht Dürer montre ainsi une vieille femme juchée à l’envers sur un capricorne, mi-bouc mi-poisson, entourée de putti erratiques et possédés. Sa chevelure vole contre le vent. Dans une autre gravure, quatre sorcières dénudées sont présentées sous leurs plus beaux atours. Se méfie-t-on assez des attraits de ces belles jeunes femmes ?






