« L’Histoire oubliée des femmes au foyer » : par-delà le bonheur conjugal

Les femmes au foyer racontées par elles-mêmes. S’appuyant sur des journaux intimes et des films amateurs, un documentaire te raconte les Trente Glorieuses côté cuisine. Ou comment l’idéal du bonheur conjugal se heurte à la réalité de la condition des femmes.

On ne naît pas femme (au foyer), on le devient : un bouleversant documentaire raconte la France côté fourneaux et layettes en suivant, journaux intimes et films amateurs à l’appui, le quotidien de femmes mariées entre 1945 et 1970. Leurs récits, glaçants de lucidité et de résignation, font craquer le vernis du bonheur conjugal, de l’idéal de la famille et de l’épouse dévouée à la maison. 
D’abord, il faut bien rappeler que les femmes n’ont pas toujours été « au foyer ». Apparu avec la révolution industrielle au milieu du XIXe siècle, ce statut marital s’est véritablement imposé après-guerre, dopé par le baby– boom et le consumérisme effréné des Trente Glorieuses, comme une promesse d’épanouissement et d’accomplissement personnels pour des millions de jeunes filles. Ensuite, il faut dire la joie des débuts, le conte de fées de la rencontre amoureuse, du mariage et de l’avenir familial (sur le mode « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »). Et puis, très vite, la pression sociale, la routine, l’ennui, le machisme ordinaire, les désillusions, les inégalités homme-femme, le mal-être et parfois même la dépression rongent en silence chacune de ces femmes. 

Donner une voix, des visages aux femmes au foyer invisibilisées

« Je me donne un mal fou pour me maintenir à la hauteur de cette magnifique image de moi-même : moi l’épouse, moi la mère », écrit ainsi Ruby dans son journal. Épousant malgré elles (et en même temps que leur mari) les codes d’une société patriarcale (rappelons que les femmes n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte bancaire à leur nom avant 1965), les épouses de ces générations en sont venues à se conformer à des normes qui les détruisaient à petit feu. 
Ce sont toutes ces normes qu’explore et expose ce documentaire, à travers les paroles de ces grandes oubliées de l’histoire, que la réalisatrice Michèle Dominici fait habilement dialoguer avec de savoureux films amateurs mais aussi avec des images d’archives, extraits de films, de journaux et de publicités (en plein essor de la société de consommation, la « femme au foyer » est aussi la cible privilégiée des annonceurs, qui en construisent et flattent une image stéréotypée). 
Manière de mettre des visages et des voix sur ces vies anonymes et banales, invisibles à force d’être ordinaires. Manière aussi de rappeler que tout destin s’inscrit dans le mouvement, les règles, les rêves, les contraintes et les limites de son époque.

// En savoir plus