Les femmes de la Révolution : miroir des idées du 19e siècle

Historien majeur du 19e siècle, Jules Michelet (1798-1874) occupe une place centrale dans l’écriture de l’histoire nationale française. En 1853, il publie Les femmes de la Révolution, un ouvrage alors novateur par l’attention qu’il accorde à des figures féminines. La récente édition modernisée par les éditions Nouveau Monde offre l’occasion de redécouvrir ce texte emblématique des mentalités de son temps.

Une histoire de femmes

Le lecteur se tromperait en y cherchant une histoire globale et structurée des femmes dans la Révolution française. En effet, Michelet ne propose ni étude sociale, ni analyse exhaustive. On découvrira plutôt une succession de portraits, d’épisodes marquants et de récits exemplaires où les femmes occupent une place centrale. Son écriture, élégante et grisante, donne chair à ces figures célèbres. Madame Roland apparaît comme l’inspiratrice politique de son mari, animant les salons girondins et orientant les décisions ministérielles. Théroigne de Méricourt est peinte, sabre à la main, incarne l’élan révolutionnaire populaire. Quant à Lucile Desmoulins, elle symbolise la fidélité amoureuse et le sacrifice, accompagnant le grand Camille jusqu’à l’échafaud.

La misogynie incarnée

Très rapidement, le lecteur est frappé par la vision profondément genrée que Michelet impose à ses personnages féminins. Les femmes sont décrites comme instinctives, excessivement sentimentales, parfois naïves, et souvent rendues responsables de la chute de « grands hommes ». À cela s’ajoute une rigueur historique contestable. Page après page, Michelet privilégie le souffle épique et le romantisme national au détriment de la précision factuelle. Les derniers chapitres, qui assignent aux femmes une mission exclusivement maternelle et morale, illustrent pleinement une condescendance masculine assumée.

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