Charles-Antoine Wanecq,Sauver : une histoire des secours d’urgence en France (années 1920-années 1980)

Charles-Antoine WanecqSauver. Une histoire des secours d’urgence en France (années 1920-années 1980), Paris, Les Presses de Sciences Po, coll. « Académique », 2026, 362 p., ISBN : 9782724645804.

La construction et l’élaboration des services d’urgence tout au long du 20ème siècle n’ont pas suivi une trajectoire linéaire : ils sont le fruit de coopérations mais aussi de rivalités entre différents acteurs. C’est cette histoire que Charles-Antoine Wanecq décrit et analyse dans cet ouvrage, tiré de sa thèse de doctorat soutenue en 2018. L’auteur nous rappelle que si la prise en charge des urgences apparait aujourd’hui comme une évidence, cela est loin d’avoir été toujours le cas. Cet ouvrage vise ainsi à historiciser la notion d’urgence, et revient sur la façon dont s’est structurée la prise en charge des détresses vitales, dont on apprend qu’elle est seulement devenue un réel enjeu de l’administration de la santé publique dans la seconde partie du XXe siècle.

La première partie de l’ouvrage, centrée sur l’entre-deux-guerres, revient sur le rôle essentiel joué par les associations bénévoles. L’auteur met surtout en évidence la grande dispersion des acteurs (associations, initiatives privées, police, corps de sapeur pompiers, corps médical encore en retrait) qui se traduit par des conceptions différenciées de l’urgence vitale et un partage des compétences encore mal défini. Mais si ces acteurs des secours d’urgence tendent à mieux s’organiser et à se développer, notamment grâce au volontariat, l’État ne parvient pas à concrétiser ses intentions dans les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale.

Il faut attendre la fin de celle-ci pour que l’État assume pleinement son rôle d’acteur principal dans l’organisation des secours. La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à la façon dont l’État va s’imposer dans l’organisation de la prise en charge rapide et efficace des urgences. La mortalité routière, qui connait une progression importante, en constitue un puissant catalyseur. L’urgence médicale devient progressivement une catégorie d’action des pouvoirs publics (p. 119), mais son institutionnalisation à la fin des années 1960 provoque un affrontement entre ministères de l’Intérieur et de la Santé, qui appréhendent différemment l’urgence, en particulier par des pratiques d’intervention différentes. Un consensus émerge néanmoins autour de la nécessité d’améliorer les systèmes d’alerte et de rationaliser les interventions et le transport des victimes.

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