Pour le grand médecin, le cœur fut plus qu’un organe : une énigme, une responsabilité, le lieu même d’une éthique du soin et du savoir. L’hommage d’Ariel Toledano au professeur Jean-Noël Fabiani-Salmon, disparu à 78 ans.
« Toute vie véritable est rencontre », écrivait Martin Buber. Je ne peux m’empêcher de penser à cette idée en apprenant le décès du professeur Jean-Noël Fabiani-Salmon, l’un des chirurgiens cardiaques français les plus brillants de sa génération. Il appartenait à ces êtres dont la présence marquait immédiatement ceux qui les approchaient. On était saisi chez lui par une forme rare d’élégance intellectuelle et humaine, mais aussi par sa curiosité, sa bienveillance et cette manière singulière de transmettre. Il est des chirurgiens qui impressionnent par leur habileté technique, d’autres par leur savoir scientifique, d’autres encore par leur culture. Chez lui, toutes ces qualités semblaient réunies dans une même évidence, celle de l’intelligence du geste, de la profondeur de la pensée, du goût de la transmission et d’une rare humanité. Il appartenait à cette lignée de praticiens pour lesquels la médecine n’est jamais seulement un acte technique, mais une manière d’habiter le monde, de penser la condition humaine et de se tenir au plus près de ce qu’il y a de plus fragile dans l’existence, la vie elle-même. Je lui dois beaucoup. C’est lui qui m’a encouragé à m’engager dans la voie de la médecine vasculaire lorsque j’étais externe dans le service du professeur Alain Carpentier, à l’hôpital Broussais, à Paris. Il possédait ce talent rare de donner envie de devenir médecin autrement, avec exigence, curiosité et passion.






