Signé par la jeune autrice Charlotte Berthier-Nivet, ce spectacle, qui raconte un monde dans lequel les femmes ont pris le pouvoir, est un peu bavard. Ce qui n’empêche pas de se prendre d’enthousiasme pour son univers singulier et l’érudition de son écriture.
Ce projet féministe démarre avec une image qui n’a rien à envier aux jolis contes gothiques que l’on peut parfois voir au cinéma. Dans une atmosphère saturée de fumée se tiennent quatre inquiétantes jeunes filles, assises autour d’une table élégamment dressée. Costumées de robes blanches aux détails rougeâtres — voire carrément maculées de sang —, les demoiselles finiront par se présenter : elles se font appeler la Bergère, la Chimiste, la Prêtresse et la Bouchère.
Ensemble, et aux côtés d’autres Amazones de ce monde né dans l’esprit de Charlotte Berthier-Nivet, elles ont gagné l’âpre guerre mondiale que leur menaient les hommes, et dévorent désormais ces derniers pour le dîner. Ce parti-pris, provoc en apparence, permet à la dramaturge d’amener des discussions tout à fait sérieuses sur la manière dont, depuis des siècles, la faim des femmes est hautement politique. Au Moyen-Âge déjà, certaines d’entre elles, comme la sainte Catherine de Sienne, se laissent mourir de faim — les historiens parlent à son propos d’« anorexie sainte ».
Une écriture érudite
Alternant entre explications sur la genèse de son univers, développement politiques sur la violence féminine, réflexions féministes inspirées des pensées de Virginia Woolf, Valérie Solanas ou Monique Wittig, et utopie politique qui permettrait d’en finir avec la reproduction infinie des violences masculines puis féminines, ce joli conte, à la mise en scène léchée, s’égare parfois un peu dans les nombreux fils que tire sa narration. Ce qui n’empêche pas d’en apprécier l’érudition : si ce spectacle est un peu bavard, c’est avant tout parce que sa prometteuse autrice a beaucoup à nous dire.






