Dr Tota Venkova : projet de monument à la première Bulgare diplômée en médecine

A l’époque où la Bulgarie vivait encore sous la domination ottomane, certaines femmes ne se contentaient pas d’espérer la liberté : elles contribuaient à la conquérir. Par leur intelligence, leur instruction et une volonté peu commune, elles ont également préparé la renaissance du pays lorsque celui-ci a retrouvé son indépendance.

Parmi ces pionnières figure la docteure Tota Venkova. Née en 1855 à Gabrovo, elle devient la première Bulgare diplômée en médecine. Plus d’un siècle après sa disparition, son nom pourrait enfin trouver une place dans l’espace public : à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, l’organisation féminine du mouvement « Sauvons Sofia » a proposé l’érection d’une statue à son effigie dans la capitale.

« Tout est parti d’un constat révélateur : Sofia ne possède aucun monument dédié à une femme ayant marqué l’histoire », explique Tanya Pénéva, membre de « Sauvons Sofia ». « Il ne s’agit pas seulement d’une question d’égalité entre les femmes et les hommes. C’est avant tout une question de justice envers celles et ceux qui, au fil des générations, ont profondément transformé la Bulgarie. »

Pour les initiatrices du projet, cette statue ne serait qu’un premier pas. Leur ambition est de proposer chaque année une personnalité dont le parcours mérite d’être inscrit durablement dans la mémoire de la ville.

« Dr Tota Venkova perd ses parents très jeune et grandit auprès de la famille de sa sœur, raconte Sévérina Guitchéva, de l’organisation féminine de « Sauvons Sofia ». « Grâce à une bourse, elle termine brillamment ses études dans une école de jeunes filles avant de devenir institutrice. Pendant la guerre russo-turque de 1877-1878, elle sert comme infirmière volontaire dans un hôpital militaire. C’est là qu’elle décide de consacrer sa vie aux personnes les plus vulnérables. Elle obtient ensuite, toujours grâce à une bourse, son diplôme de médecine à Saint-Pétersbourg avec les félicitations du jury. Malgré de graves problèmes de santé rencontrés au cours de ses études, elle refuse de renoncer. Elle se spécialise en médecine interne et en pédiatrie, avant de poursuivre sa formation à Vienne en obstétrique et en gynécologie. De retour à Sofia, elle ne se limite pas à exercer son métier. Elle ouvre une consultation gratuite dans sa propre maison, où elle accueille des femmes pauvres et abandonnées. Elle participe également à la création des premiers cours destinés aux sages-femmes au sein de la Croix-Rouge, où elle enseigne, contribuant ainsi à l’essor du système de santé bulgare. Médecin scolaire, elle s’investit aussi dans la prévention et la santé des enfants. Malgré les difficultés personnelles et les épreuves de santé qui jalonnent son existence, elle poursuit sa mission jusqu’à la fin de sa vie. N’ayant jamais fondé de famille, elle lègue l’ensemble de ses biens au peuple bulgare. Cette fidélité à ses convictions, son dévouement envers les autres illustrent son sens du devoir, son éthique médicale et une profonde humanité. »

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